Prieuré fontevriste de Raslay

Prieuré de Raslay

Com. Raslay

Cant. Les Trois-Moutiers

Vienne

Diocèse de Poitiers

Fondé sous Robert d’Arbrissel

I – Sources manuscrites

A.D. Maine-et-Loire

Série Q

1 Q 722               Visite de l’église de Raslay  ( 1790 )

A.D. Vienne

Série H

2 H 3    Liasse 3  Raslay et Basse-Brosse : Baux . Acquêts . Procès-verbaux  ( 1463 -1789)

Série Q

Q² 30 n° 44        Inventaire de la maison et seigneurie de Raslay  ( 1790 )

Q² 31  n° 476     Estimation du moulin de Raslay  ( 1790 )

Vente du moulin à eau, dépendance de Raslay  ( 1791 )

 

Archives municipales de Raslay

 Registres paroissiaux   

1641 – 1715

1716 – 1759

1760 – 1792

1793 – 1802

II – Bibliographie

 

1 – Ouvrages et articles concernant l’Ordre de Fontevraud

AUSSIBAL A, L’art fontevriste, Ed. Zodiaque, 1987.

BIENVENU Jean-Marc, Les premiers temps de Fontevraud ( 1101 – 1189 ). Naissance et Evolution d’un Ordre Religieux. Thèse pour le doctorat Es Lettres, Faculté des Lettres de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris, 1980, 3 tomes, Exemplaires dactilographiés.

BIENVENU Jean-Marc, L’étonnant fondateur Robert d’Arbrissel , Nouvelles Editions Latines, Paris, 1981.

BIENVENU Jean-Marc, FAVREAU Robert, PONS Georges, Grand Cartulaire de Fontevraud,  Société des Antiquaires de l’Ouest, Tome I, 2000, 584p.

GAUTIER-ERNOUL Joëlle, Le temporel de l’abbaye de Fontevraud en Haut-Poitou : Le Nord Loudunais aux XVIIe et XVIIIe siècles, Mémoire de maîtrise, Université de Poitiers, U.F.R. Sciences Humaines, 1994.

GRELIER Françoise,  Le temporel de l’abbaye de Fontevrault dans le Haut  Poitou des origines à la réforme du XVe siècle, Thèse de l’Ecole des Chartes, Paris, 1960, Exemplaire dactilographié.

EDOUARD Abbé,  Fontevrault et ses monuments ou histoire de cette abbaye depuis sa fondation jusqu’à sa suppression ( 1100 – 1793 ), Ed.Imprimerie Catholique de France Paris , Ed. Aubry, Marseille, 1873 – 1874, 2 vol.

LARDIER Jean, Inventaire des titres du Thresor de Font-Evraud, 1650, vol. 5, Raslay et Bassebrosse, p. 173.

LARDIER Jean, La Saincte Famille de Font-Evraud, 1650, pp. 242, 397.

LUSSEAU Patricia, L’abbaye royale de Fontevraud aux XVIIe et XVIIIe siècles, Ed. Hérault-Editions, Maulévrier, 1986.

MELOT Michel, L’abbaye royale de Fontevrault de sa réforme à nos jours, Etude archéologique, Thèse de l’Ecole Nationale des Chartes à Paris, 1967, Exemplaire dactilographié.

NICQUET Honorat, Histoire de l’Ordre de Fontevrault, contenant la vie et les merveilles de la Sainteté de Robert d’Arbrissel et l’histoire chronologique des abbesses, Paris, 1642 1ére édition, 1646 2ème édition.

PAVILLON B, La vie du bienheureux Robert d’Arbrissel, patriarche des solitaires de la France et instituteur de l’Ordre de Fontevrault, Ed. Enou, Saumur, 1666.

PORT Célestin, Souvenirs d’un nonagénaire. Mémoire de François-Yves Besnard, Ed. Champion, Paris, 1850.

2 – Ouvrages et articles généraux

ALCAYDE G, Les étages français et leurs stratotypes. Turonien, Mémoire du BGRM, Ed. BRGM, Orléans, 1980, n° 109.

BERTHELÉ Joseph, Enquêtes campanaires, Imp. Delord-Montpellier, 1903, pp. 152-153.

CARIOU Elie, Cross section in the Classic Jurassic series of the seuil du Poitou, Université des Sciences de Poitiers, 1991.

DAUZAT A, ROSTAING CH, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Librairie Guénédaud, 1963.

DECOUDIN Dominique, NELBELSZTEIN Virginie, Les églises du Loudunais aux XIe et XIIe siècles, Architecture et sculpture, Mémoire de D.E.A, Université de Poitiers, 1998.

FAVREAU R, PERET J, VALIERE M, HORIOT B, BIARD J, PITIE J, GUESNIER B, Poitou  (Haut-Poitou )- Deux-Sèvres-Vienne, Ed. Bonneton.

FAVREAU R, Les débuts de la ville de Loudun, Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 3ème trimestre 1988, 3ème série, tome II, pp. 163-182.

GOUBERT Pierre, La vie quotidienne des paysans français au XVIIIe siècle, Ed. Hachette, Paris, 1982.

LABANDE-MAILFERT Yvonne, Poitou Roman; Ed. Zodiaque, 2ème édition, 1961.

LOUDUN,Ville d’Art, Le pays du Loudunois, Patrimoine connu et peu connu, Tome I – Préhistoire – Moyen-Age, 1989. Tome II – Eglises – Chapelles et calvaires, 1992.

ROBUCHON, Paysages et monuments du Poitou, Imprimerie Motteroz, Paris 1890.

SAINT-VAST Louis Olivier de, Commentaire sur les Coutumes du Maine et d’Anjou, Ed. Malassis le jeune, Alençon, 1779.

RASLAY

Tiré  de GAUTIER-ERNOUL Joëlle, Le temporel de l’abbaye de Fontevraud en Haut-Poitou, le Nord-Loudunais aux XVIIe et XVIIIe siècles, mémoire de maîtrise, Université de Poitiers U.F.R., Sciences Humaines, 1994.

A partir de 1104, la réputation de Robert d’Arbrissel d’ascète et de prédicateur ne cesse de croître. Les évêques et les seigneurs lui donnent leur appui : Pierre II, évêque de Poitiers – Girard, évêque d’Angoulême – Léger, évêque de Bourges et la famille des Plantagenêt………

Le rapide essor du temporel est dû aussi à l’engouement suscité par le nouvel institut. De nombreux dons sont consentis par des laïcs qui voulant racheter leurs péchés et assurer leur salut, agissent souvent à l’instigation des évêques. Pierre II et son successeur Gilbert de la Porée donnent tout pouvoir à Robert d’Arbrissel dans le diocèse de Poitiers où furent fondés, avant la fin du XIIe siècle, 33 prieurés fontevristes sur les 123 créés à travers la France, l’Espagne et l’Angleterre.

C’est surtout autour de Fontevraud, dans un triangle Saumur – Chinon – Loudun, que l’ensemble des possessions est le plus dense, notamment dans la région des Trois-Moutiers,  dans les vallées de la Petite Maine et de la Dive autour de Raslay, Morton, Saix, Roiffé et Epieds.

1 ) – Raslay fondé du vivant de Robert d’Arbrissel.

Avant 1106, Renaud de Saumoussay[1] donne dans les mains de Robert d’Arbrissel sa terre de Raslay[2][3]. Il bâtit « par dévotion » une chapelle consacrée, avant 1115, par Pierre II accompagné de Robert d’Arbrissel, d’Hersende de Montsoreau et de Pétronille de Chemillé[4]. A cette occasion « une jeune demoiselle se donna à l’Ordre de Fontevraud »[5]. Le cimetière est béni par l’évêque de Poitiers Guillaume Alleaume entre 1124 et 1140.

Avec Geoffroi Plantagenêt[6] comme témoin, Renaud de Saumoussay agonisant ajoute à son premier don des bois à essarter.

Le temporel de Raslay va s’accroître progressivement grâce aux multiples donations de nature très différente qui vont permettre à la communauté de disposer de ressources diversifiées et complémentaires : des prés situés près de la Petite Maine[7], de nombreux essarts, un moulin dit du Marais et les terres entre Morton et le prieuré de Raslay, la voie d’eau qui alimente le moulin de Raslay, donné par Emile de Tillé qui abandonne ses droits et la dîme sur la terre de Raslay.

1108-1109 ou 1112-1113 : Geoffroi Popinel et les siens vendent pour 30 sous en présence d’Hersende et de 3 religieux fontevristes leur alleu de Raslay à Robert d’Arbrissel et aux moniales de Fontevraud[8].

1108- 1115 : Giraud de Bizay et son neveu par alliance Popon Maschard renoncent en faveur de Robert d’Arbrissel et des moniales de Fontevraud un droit qu’ils revendiquaient sur le moulin de Raslay, en présence de Michel de Chinon, Pagani de Chinon et le frère Garnier de Guesnes[9].

1108-1112/1113 : Renaud Gabriel vend à Robert d’Arbrissel et aux moniales de Fontevraud, sous forme de donation, divers biens sis à Raslay à savoir : une terre délimitée par des bornes, le tiers de la pêcherie du moulin, un pré le long du bief de ce moulin, une terre sur l’autre rive du bief et toute sa dîme telle que les bornes délimitent la zone de levée. Il reçoit en échange 74 sous et son frère 12 deniers. Ce dernier et cinq autres personnes ont concédé le don[10].

Un legs de 2 marcs est donné par Jeanne de Sicile, fille d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, au « conventus » de Raslay[11].

XIIIe et XIVe siècles

Au cours des XIIIe et XIVe siècles, le temporel s’accroît moins rapidement qu’au début de la fondation. On constate même le déclin matériel dès l’abbatiat de Mathilde de Flandre[12] qui ajourne une assemblée générale. Les moniales font encore quelques acquisitions et les seigneurs, par de rares donations, complètent les domaines ou prieurés déjà existants.

 La date d’acquisition du domaine de Basse-Brosse[13], paroisse de Raslay, situé près de la Petite-Maine à un kilomètre du prieuré de Raslay, nous est inconnue. Ce domaine existe déjà en 1294, date d’un acte portant sur l’amortissement de certaines terres acquises dans le fief de Berrie, à Basse-Brosse[14].

XVe et XVIe siècles

Durant le XVe siècle les actes d’acquisitions ou de donations sont exceptionnels. On note pourtant de rare cession importante.

Les malheurs de la guerre de Cent Ans dépeuplent le Poitou et les communautés. L’abbaye de Fontevraud ne compte plus que 10 à 20 moniales[15]. La pauvreté est générale, les rentes en argent et nature ne sont plus payées à cause de l’abandon de l’exploitation des terres. Les prieurés et domaines sont ruinés. Dans les prieurés qui restent le relâchement s’installe. Il faudra attendre Marie de Bretagne[16] pour qu’un mouvement de réforme s’ébauche. Elle va se faire aider surtout par Guillaume de Bailleul, religieux vicaire général de l’abbesse puis prieur de Saint-Jean-de-l’Habit. Il est chargé de dresser un état du temporel de l’Ordre. Le Pape Pie II autorise Marie de Bretagne à « supprimer et d’esteindre quelques prieurés qui seroient hors d’espérence de se pouvoir remettre et tout ensemble permis d’appliquer le revenu à la Crosse de l’Abbesse et à la Mense du Grand Monastère« [17]. Nous pensons que c’est à partir de cette période que le prieuré de Raslay,  proche de l’abbaye, a été réuni à la mense abbatiale. En effet les actes ne sont plus faits par des prieurs, mais ils sont passés à partir de 1494, par un gouverneur : par le frère Pierre Richard gouverneur de la Seigneurie de Raslay et de la maison de Basse-Brosse que l’on appelle aussi  » maison, fief et seigneurie ».

                C’est à partir de ce siècle que les domaines appelés indifféremment « maison », « grange », « hostel », seront tous nommés indifféremment « seigneurie ». Toutes ces seigneuries sont dépendantes de la Châtellenie de Fontevraud.

XVIIe et XVIIIe siècles

 Il faut attendre deux siècles avant que l’Ordre ne retrouve sa prospérité initiale, grâce aux abbesses de la famille des Bourbons. Le patrimoine foncier revêt un caractère de stabilité jusqu’à la Révolution dû à la vigilance des fontevristes à défendre leurs biens. Des acquisitions sont encore faites durant le XVIIe siècle, marqué par la personnalité de la dernière abbesse de cette illustre famille Jeanne-Baptiste de Bourbon[18] et puis par celle de Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart[19].

Les moniales vont continuer d’accroître leur temporel en construisant afin d’augmenter leur revenu ou en faisant l’acquisition de pièces de prés :

En 1632 de 12 arpents sur la paroisse de Morton proche du moulin de Raslay (100 l.t.) ; de 4 boisselées proche du dit moulin (100 l.t.)

En 1633 et 1636 un total de 5 boisselées et demi proche du moulin de Raslay

En 1648 : achat d’une pièce de terre au Clos de Raslay d’une boisselée ¾ (20 l.t.)

L’achat de ses pièces est fait au nom de l’abbesse par le frère Jean Barbier, prêtre religieux de Fontevraud[20].

Les moniales décident de construire un moulin « fromentier » et la chambre joignant le dit-moulin à côté de l’ancien moulin du Marais situé entre la seigneurie de Raslay et la paroisse de Morton en 1650. A cette fin, Mme l’abbesse fournit les bois nécessaires pour le moulin et la charpente qui sont pris dans les bois de la seigneurie de Raslay. Le transport s’effectue aux frais du preneur du bail. Les prix des « virants », « tournants », « rouets » et « roues » lui seront remboursés. Une augmentation du bail aura lieu et sera de 5 septiers de « bled » froment et de « son bled le plus pur »[21].

Lardier, archiviste de l’abbaye de Fontevraud dans les années 1650, a inventorié le revenu de l’abbaye par ordre alphabétique, dans lequel nous trouvons la liste des fermes, dîmes, moulins, prés.  Basse-Brosse et Raslay sont inventoriés parmi les fermes. Lardier établit la table alphabétique des lieux dépendant de l’abbaye avec la distance de ceux-ci à l’abbaye ou à un autre lieu proche[22]. Nous les trouvons énumérés pour la plupart dans les titres des rentes de la petite « recepte » et de la grande « recepte » de Fontevraud.

Les seigneuries sont installées dans des sites ressemblant souvent à celui de l’abbaye-mère. Elles sont situées à proximité d’une rivière comme les seigneuries de Basse-Brosse, Raslay  au bord de la Petite-Maine. Elles sont souvent entourées de bois ou forêt : La seigneurie de Raslay  est  proche des bois de Raslay, celle de Basse-Brosse est entourée par les bois de Raslay et de la Mothe-Chandeniers (château commune des Trois-Moutiers).

Pour conserver leur temporel les moniales doivent entreprendre de multiples réparations et lutter constamment pour garder les droits que certains seigneurs essaient d’usurper.

A la fin du XVIe siècle, l’église de Raslay est blanchie et lambrissée[23]. Antoine Vidal, forestier général de l’abbaye délégué par l’abbesse, se rend au moulin de Raslay le 14 mars 1624 à cause des inondations de la Petite Maine pour voir les réparations à faire au moulin. Le pignon qui est sur le cours d’eau « tombe, rabattu de fond en comble » et il faut refaire les murailles. Dans les bois de la seigneurie de Raslay, il est allé marquer du « Marteau de Madame » les bois nécessaires aux réparations[24]. Des réparations entreprises au moulin de Basse-Brosse en 1645 s’élèvent à 299 l.t. 10 sols.

Un siècle plus tard, en 1782, quelques travaux sont entrepris à Basse-Brosse : révision des portes en chêne et bois d’orme, recépage des murs, curage des fossés de l’ « achenal » devant les roues, réfection des meules. En 1785, le pont du moulin de Raslay sur le chemin de l’église de Raslay au moulin est réparé. Les ouvriers ont remis 6 boulons de fer pesant 36 livres pour empêcher les grandes crues d’enlever les madriers[25].

Les archives concernant les seigneuries de Raslay et Basse-Brosse, avant la Révolution, sont rares. Nous avons eu un peu plus de chance concernant les moulins de ces deux seigneuries. Les baux de 1627 à 1789 et un état des lieux nous renseignent sur le moulin de Raslay[26].

L’état des lieux de 1782 fait en présence des fermiers rentrant et sortant, donne un descriptif du moulin composé d’une chambre avec deux fenêtres sans vitre à 2 volets, un placard mural et un four ; un grenier au-dessus de la chambre avec 2 fenêtres à volets ; les dépendances (cellier, écurie, poulailler, toit à cochon, grange). Le moulin est baillé pour 7 ans de 1633 à 1781 et à partir de cette date jusqu’à la Révolution le bail est de 9 ans et la ferme n’est plus payée en « bled froment » et en « mousture » mais en argent. En 1789, le meunier des moulins « fromentier » et « mousturier » de Raslay, Jean Hivert, est aussi le meunier de celui de Basse-Brosse.

Lardier dresse une liste des « fresches » dépendantes des seigneuries de Raslay et de Basse-Brosse[27]. Voici les noms de lieux qui reviennent le plus souvent : Groüe, Vieil-Mazil, Corbeau, Les Landes, Sablons, Gué de l’Abbesse, Gué de Rallay, la taille, Gaudinière, Randouins. Ces noms se retrouvent très souvent sur le cadastre actuel. Ces « fresches » donnent une redevance de 3 provendiers 36 septiers 3 boisseaux en froment, 92 septiers 6 boisseaux en seigle, 26 septiers en mousture (froment, seigle, orge), 27 chapons, 5 poules et 13 l.t. 8 deniers.

Heureusement, nous avons retrouvé les procès-verbaux de visite des seigneuries de Raslay et Basse-Brosse du 19 novembre 1790[28], établis par François Tessier, notaire royal demeurant aux Trois-Moutiers et Jean-Pierre Cesvet, fermier expert du district de Loudun. Le fermier Herbault Varanne exploite les terres des seigneuries de Raslay et Basse-Brosse suivant un bail de 9 ans daté de 1788, consenti par l’abbesse de Fontevraud devant maître Boullet. Le prix principal est de 1200 l/t., 12 chapons, 12 septiers de froment, 4é septiers de seigle, 12 septiers d’orge, 200 boisseaux d’avoine, 13 l.t. pour les gages des officiers et 40 l.t. pour les grosses réparations, il donne au chapelain de Raslay 24 boisseaux de froment, 24 boisseaux de baillerge, 200 fagots de chêne et 200 fagots de bruyère le tout rendu chez lui. Il doit planter annuellement 100 plantons, faire 10 charrois et donner 812 l.t. de pot de vin. Le représentant du district de Loudun décrit ensuite les « bâtiments et encloture » de la seigneurie de Raslay qui consiste en logements utiles à l’exploitation, cour, jardin, vignes, le tout d’un seul tenant contenant environ 2 arpents. Le fermier exploite 115 arpents 3 boisselées de terres labourables, de bois et de friches. Ensuite il énumère les terres d’une superficie de 177 arpents 5 boisselées qui donnent rente à Raslay. Il indique qu’il y a 160 arpents de domaine relevant à simple cens de la seigneurie de Raslay.

Basse-Brosse, exploité par le même fermier, est en très mauvais état, on mentionne l’existence d’une cour, jardin, de 18 boisselées autour de la maison. 64 arpents de terres labourables, 13 arpents de bois, 9 arpents de prés en la paroisse de Raslay et 3 arpents de prés en la paroisse des Trois-Moutiers sont directement exploités par le fermier. Puis vient le descriptif des terres donnant des rentes à la seigneurie de Basse-Brosse. L’inventaire donne une superficie de 115 arpents de terres situées dans les paroisses de Raslay et de Roiffé. En outre il y a 150 arpents du domaine relevant à simple cens de Basse-Brosse. La superficie des terres de Raslay et de Basse-Brosse est considérable.

Les droits

Les moniales ont obtenu des seigneurs depuis le XIIe siècle des droits qu’elles ont âprement défendus contre de nombreux usurpateurs, tel le seigneur de Bizay[29] qui prétend au droit de pêche sur la Petite-Maine et le prieur de Morton qui s’est octroyé qui s’est octroyé une dîme sur une pièce de terre située au Sablon[30] où Mme a toujours pris la dîme[31]. Les moniales ont la « haute, moyenne et basse justice » de Raslay[32] où les contrevenants sont enfermés dans la seigneurie. Au XVIe siècle, Mme donne du chêne pour la fourche patibulaire de Raslay[33]. Elles possèdent les droits de chasse, de pêche sur la Petite-Maine, de pacage et la dîme de charnage[34]. Elles donnent au meunier de Raslay le droit de pêche « dans le cour d’eau duquel il jouira avec le fermier de la seigneurie de Raslay et les officiers de la dite abbaye » et le droit de pacage, il peut amener 2 porcs à la glandée dans les bois de la seigneurie de Raslay[35].

La paroisse de Raslay est une succursale ou annexe de Fontevraud. Le curé, au début de ses registres paroissiaux, marque qu’il « fait le service de la chapelle de Raslay avec l’approbation de Mme l’abbesse de Fontevraud et du curé dudit lieu ». En 1683, le curé reçoit tous les ans du fermier de la seigneurie de Raslay, 24 boisseaux de froment, 24 boisseaux de baillerge, 200 fagots de chêne et autant de bruyère[36].

Mme l’abbesse, responsable de l’église de Raslay, nomme le desservant signalé dans la liste du personnel de l’abbaye en 1789 ; règle les différents comme celui de l’année 1630 avec 2 paroissiens de Raslay qui ont battu avec des fourches de fer et barres de porte, en jurant le Saint Nom de Dieu, le prêtre vicaire Pierre Poudret[37] ; promet au sieur de la Gaudinière « d’avoir droit de banc et de sépulture à être enterré près de la porte par laquelle on va de la chambre de l’église à la Messe »[38]. ; se charge des réparations de l’église en envoyant un visiteur apostolique.

Le desservant LF Le Bleu reçoit, le 7 janvier 1776, du roi Louis XVI, 500 livres de pension sur l’abbaye de Sillé diocèse de Seez, cette même année Mesdames de France Victoire et Sophie lui ont accordé une place vacante dans leurs chapelles. Il a aussi 150 livres de pension sur le trésor royal de Louis XV[39].

Le 1er mai 1778, le frère Nicolas Duclos, prieur de Fontevrault, visiteur apostolique du même ordre dans la province de Gascogne, assisté du père Guerrier, professeur de théologie, notre secrétaire en cette partie, du père de Saint-Georges, prêtre et religieux du dit ordre se rend à Raslay pour visiter l’église et le cimetière. La visite se fait en présence des habitants de Raslay après les cérémonies accoutumées à l’issue de la messe, à savoir la visite : du Très Saint Sacrement, des autels, des fonds baptismaux, des Saintes Huiles, des vases sacrés, de la sacristie, des ornements et linges servant au Saint Mystère. Tout est en état à l’exception d’une custode pour porter le Saint Viatique aux malades qui est interdite jusqu’à ce qu’elle soit redorée. Le desservant doit aller voir la dépositaire de l’abbaye pour avoir une aube et des nappes d’autel et faire approuver la décision de remplacer le lambris déjà refait au XVIe siècle[40].

Révolution

 A la Révolution, M Curieux, maire de la municipalité de Raslay, visite le 2 septembre 1790 l’église[41] et donne une liste détaillée de tous objets sacrés ou non servant à la célébration du culte : un ciboire, un calice et sa patène, une custode, 6 chandeliers et six autres en bois pour le service mortuaire, un Christ en cuivre et deux en bois, un encensoir en cuivre, un bénitier en cuivre, etc[42]….. Puis vient le descriptif du mobilier : une petite armoire pour ranger les ornements, un confessionnal, une chaire à prêcher, deux échelles pour monter au clocher.

Durant cette période de trouble, c’est le frère F. Coignard, religieux prêtre de l’Ordre de Fontevrault qui baptise à Raslay au début des années 1790. Le 26 mars 1790, une pension est accordée aux religieux qui quittent l’abbaye. Le 21 juin 1791, il ne reste plus aucun religieux dans l’abbaye, plus de prêtre non plus pour assurer le service religieux à l’église de Raslay. Les baptêmes, les mariages et les sépultures sont célébrés par les curés de Solomé[43], Roiffé, Bournand, Saix, Morton[44] à cause de la vacance du desservant de la cure de Raslay en 1792. A partir de juin 1792, les paroissiens de Raslay se font enterrer à Solomé, d’autres se font baptiser à Roiffé[45].

 Les seigneuries de Raslay et de Basse-Brosse sont vendues aux enchères le 5 janvier 1791 à M. Fournier de Verrière pour 63500 l.t.[46]. Le moulin à eau de Raslay est vendu pour la somme de 5300 l.t. à M. Jean-François Chesnon et la ferme du bail, qui était de 220 l.t. du temps de l’abbesse, est augmentée à 298 l.t.

Le lieu-dit Raslay, le moulin et Basse-Brosse existent toujours. De la seigneurie de Raslay il subsiste la maison et les corps de bâtiments attenants à l’église, mais très remaniés au cours des siècles.

Eglise Saint-Avertin de Raslay

 L’église dédiée à Saint-Avertin, d’époque romane, aujourd’hui paroissiale, possède un portail l’un des plus raffiné du Loudunais. Il date du XIIe siècle. Nous observons un portail orné à deux voussures qui reposent sur de simples piédroits : l’une ornée de palmettes, l’autre de fleurs à quatre pétales nervurés. « La nervure centrale de ces derniers est lisse ou perlées ou même décorées de têtes de clous. Le cordon extérieur est orné d’un ruban ondulant perlé qui accueille des sortes de boutons nervurés. Il y a des entrelacs sur l’imposte de droite »[47].

Section numérisée 1-10

Elle possède un clocher-mur. A l’intérieur de l’église, une simple abside en cul de four, une nef couverte de charpente.

 

 

On peut voir une statue de Saint-Avertin du XVIIe siècle.

st avertin

Statue de Saint-Avertin, XVIIe s., église de Raslay. Photo JGE

 Saint-Avertin est un chanoine régulier de la congrégation de St-Gilbert en Angleterre. Il suit Saint-Thomas de Canterbury dans son exil. Il se retire après la mort de l’évêque dans le village de Vinzay en Touraine et se consacre au service des pauvres et des étrangers. Il meurt en 1189.

 

 

 

 

 

 

 

 

(1] Vil., com. Chacé, cant. et arr. de Saumur, Maine-et-Loire.

[2] PAVILLON B, La vie du bienheureux Robert d’Arbrissel…., p. 603.

[3] Raslay (actuel) : Ralaio, Raaleio, Rairegium (1100-1108), Ralaio (testament de Jeanne de Sicile, Raalai (1225), Rallay (Lardier) : nom obscur, peut-être germanique Razala et suffixe « iacum » ou mieux « acum » (Dictionnaire Dauzat).

[4] BIENVENU Jean-Marc, Les premiers temps de Fontevraud (1101-1189), p. 295.

[5] PAVILLON B, op. cit., p. 162.

[6] Geoffroi IV le bel, comte d’Anjou (1113-1151), duc de Normandie en 1114, père de Henri II roi d’Angleterre.

[7] BIENVENU Jean-Marc, op. cit., p. 377 (n° 178).

[8] BIENVENU Jean-Marc, Grand Cartulaire de Fontevraud, ch. 47, p. 39.

[9] BIENVENU Jean-Marc, Grand Cartulaire de Fontevraud, ch. 59, p. 50.

[10] BIENVENU Jean-Marc, Grand Cartulaire de Fontevraud, ch. 68, p. 59.

[11] LARDIER Jean, Saincte Famille de Font-Evraud, pp. 81-83.

[12] Mathilde II de Flandre, abbesse de Fontevraud de 1180-1189.

[13] Ham. Com. Raslay, cant. les Trois-Moutiers, Vienne.

[14] LARDIER Jean, Tresor…, vol. 5, fenêtre 41, p. 179.

[15]  MELOT Michel, L’abbaye de Fontevraud de sa réforme à nos jours…., p. 31.

[16] Marie de Bretagne, abbesse de Fontevraud (1457-1477).

[17] NICQUET H, Histoire de l’Ordre de Fontevrault…., p. 479.

[18] Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevraud (1637-1670).

[19] Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevraud (1670-1704).

[20] A.D. Vienne 2 H 3 liasse 3.

[21] A.D. Vienne 2 H 3 liasse 3.

[22] LARDIER Jean, Trésor de l’Ordre de Font-Evraud, vol. 1, pp. 1-10.

[23] LARDIER Jean, op. cit., vol. 1, p. 154.

[24] A.M. Raslay, registres paroissiaux.

[25] A.D. Vienne 2 H 3 liasse 3.

[26] A.D. Vienne 2 H 3 liasse 3.

[27] LARDIER Jean, op. cit., vol 5, fenêtre 41, p. 176.

[28] A.D. Vienne, Q2 30 n° 44.

[29] Paroisse d’Epieds, Maine-et-Loire.

[30] Paroisse de Raslay.

[31] LARDIER Jean, op. cit., vol. 5, fenêtre 14, p. 174.

[32] Idem.

[33] LARDIER Jean, op. cit., vol. 1, p. 154.

[34] LARDIER Jean, op. cit., vol. 5, fenêtre 41, p. 174. Dîme de charnage porte sur les droits des porcs et des ovins. Le paysan verse un quart ou la moitié des naissances de l’année.

[35] A.D. Vienne, 2 H 3 liasse 3.

[36] A.D. Vienne, Q2 30 n° 44.

[37] A.D. Vienne 2 H 3 liasse 3.

[38] LARDIER Jean, op. cit., vol. 1, p. 390.

[39] A.M. Raslay, registres paroissiaux.

[40] A.M. Raslay, registres paroissiaux.

[41] A.D. M&L, 1 Q 722.

[42] Voir liste dans GAUTIER-ERNOUL Joëlle, mémoire de maîtrise, 1994.

[43] Paroisse où se trouvait le domaine fontevriste de Solomé, faisant actuellement partie de la paroisse de Saix, Vienne.

[44] Paroisses de la Vienne se trouvant dans un rayon de 4 kms autour de Raslay.

[45] A.M. Raslay, registres paroissiaux.

[46] A.D. Vienne, Q2 30 n° 44 et Q2 30 93 à 95.

[47] DECOUDIN Dominique, NELBELSZTEIN Virginie, Les églises du Loudunais aux XIe et XIIe siècles, Architecture et sculpture, Mémoire de D.E.A, Université de Poitiers, 1998.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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